Big Brother, faux frère

Poème sur le thème de Big Brother, critique du totalitarisme consenti et appel à se libérer

Je sens ton souffle dans mon cou tordu
je vois ton œil dans mon regard éperdu
je sens ta voix dans mes pensées hagardes
je vois ton ombre sur mon visage en garde
je sens ta chaîne sur mes attaches lâches
je suis tes sens sans réfléchir
tu es l’essence de nos désirs
la source de notre foi en rien

Big Brother
faux frère
tu es la foule qui se répète
tu es l’agent qui donne perpète
tu es l’écran où tout se réfléchit
tu es l’écrin de toutes les têtes

Je vois ta marque sur mes papiers numérisés
c’est moi le numéro
c’est toi le clown
je sens ton poids dans mes souliers percés
c’est moi le rigolo
c’est toi le fou
je vois...
c’est moi le zéro
c’est toi le un
l’unique et le multiple
celui qui n’a pas de fin
répliqué par tous ses disciples
tu es le roitelet du monde
l’oiselet du coucou
tu fais ton nid dans nos têtes

Big Brother
faux frère
tu es la panse qui nous digère
tu es la fange de nos absences
tu es la transe où tout se perd
tu es l’ange qui est la bête

Je vois ta lumière dans les circuits en rond
c’est moi le zéro
c’est toi le un
le plus grand commun dénominateur
le Hun Dévastateur
l’humble tyran dominateur
un Attila par millions
l’exterminateur de l’humain
de l’ex-humanité sous perfusion
c’est moi le pas-beau
c’est toi le bien
le numéraire à satiété
en guise de piété

Big Brother
faux frère
tu es la presse qui nous moule
tu es la peste ou la goule
tu es la geste de l’histoire
tu es la messe du désespoir

Je vois tes griffes sous ma peau trouée
je sens ton haleine dans cet enfer moite
je vois ta trace dans mon cerveau en boîte
je sens tes dents dans mon ventre mutilé
je vois ta botte sur mes pieds écrasés
je suis libre à condition de suivre
tu es la voie et notre maître
la voix de notre cri de haine
la haine de notre non-amour
l’amour de notre propre peine
c’est moi le maillon
c’est toi la chaîne

Big Brother
petit père des peuples étiques
grand exterminateur galactique
empereur infanticide de la Terre
grand mystificateur de l’éternel
lumière nucléaire de l’univers
Président, Directeur et Général
immortel
tu renais toujours des cendres de nos âmes évaporées
tu repousses toujours sur le terreau du sang versé
tu es brûlé mais toujours vif et fertile
dans nos ventres nubiles
dont la bête se repaît à petit feu
immonde banquet de vautours lépreux
de démons fauves sortis du néant voulu et accepté

Faux frère
on t’adore
tu nous dévores
on te déteste
tu nous retournes une veste
Fratricide impossible
tu es partout
tu es nous
tu es à nous
tu es issu de nous
tu nous hais
Alors,
ni te haïr ni t’aimer
juste t’ignorer
ni te détester ni d’obéir
juste t’oublier
ni te fuir ni t’adorer
juste te quitter
ni te prier ni te détruire
juste t’affamer
juste s’aimer
juste s’ouvrir
se libérer
être unique en commun
être libre sans se cuire
être ensemble sans se piétiner éternellement
le visage offert
être justes
juste être frères.


> Thèmes :  Liberté - Noir
- 23 mai 2005 - Màj Mai 2005
 
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David.Myriam : : Artiste : Exposition de créations engagées : nouvelles, poèmes, dessins noir et blanc, films d'animation, dessin sur sable, BD...
David MyriamAdresse auteure :: http://art-engage.net
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