Une place dans la société

Nouvelle noire, satirique et violente, un récit noir sur la violence en société

Encore une journée passée à rien. Je m’ennuie ferme à la recherche d’une occasion, d’un truc excitant à faire. Je suis un chômeur ordinaire avec un physique quelconque, aigri par les petits boulots, pourtant je cherche juste une place dans la société. Marre de cette petite ville poisseuse de province avec ma petite allocation qui me permet tout juste de survivre. Même pas de quoi me payer une fille convenable.

Mais aujourd’hui je suis à l’affût, j’attends ma proie. Je shoote rageusement dans les rares canettes vides qui ont échappé au nettoyage en remontant vers le centre. A l’heure où le soleil se couche, il n’y a déjà plus personne dans les rues. Une fois les commerces fermés, la vie s’éteint, même les voitures se font rares.
Pourtant, un bruit de moteur puissant s’approche derrière moi. Une décapotable blanche glisse sur l’asphalte parmi les derniers rayons du soleil. A ma hauteur, elle est obligée de s’arrêter au feu qui passe au rouge.
Une jeune bourgeoise de luxe se trouve au volant et des cheveux d’or flottent sur ses épaules bronzées à point. Je m’arrête pour la regarder ostensiblement. Sa mini jupe retroussée découvre les dentelles de ses bas, on devine ses bijoux en or et son compte bien garni. Ses seins sont dressés en avant dans un corsage à moitié transparent. J’avale ma salive et je serre les poings. C’est elle, aucun doute. Elle me jette un regard et je devine le mépris et l’arrogance qu’elle m’adresse malgré ses lunettes noires et son maquillage. Je marche à fond.
Alors je fais deux pas et je bondis dans sa voiture sur le siège avant. Elle crie et tend la main vers la boite à gant, mais je l’arrête et lui mets mon Opinel sous la gorge. Le feu est passé au vert et le carrefour est vide. « Ta gueule, démarre », c’est tout ce que j’ai à lui dire.

C’est elle mon occasion, et mon cœur s’emballe, poussé par l’agitation de mon ventre. Sous la menace du couteau, je lui indique de sortir de la ville, elle ne fait pas d’histoires.
Dans la banlieue, elle me propose son argent et ses bijoux, ce qui me donne la joie de pouvoir lui dire encore de fermer sa gueule si délicate.

Elle a peur, ses mains blanches se crispent sur le volant, j’aime ça. Ces cuisses en bas résilles qui bougent pendant les changements de vitesse me font déjà bander, surtout quand ma main rencontre la chair tiède entre ses jarretelles.

On roule maintenant dans la campagne déserte, il fait bientôt nuit. De beaux arbres projettent leur ombre intermittente sur la voiture et on entend les dernières cigales. Je lui fais signe de prendre un chemin dans un bosquet tout indiqué, je ne peux plus attendre.
Elle tremble un peu et essaie de s’enfuir au moment de sortir de la voiture. Je l’assomme et la dépose en tas sur le capot. J’en profite pour sortir un sein de son corsage.
Dans la boite à gant, en plus d’une bombe lacrymo, se trouve une trousse de secours. Le sparadrap est parfait pour maintenir son foulard de marque que je lui enfonce dans sa petite bouche pleine de dents bien blanches. Je n’ai pas envie de l’entendre crier, c’est désagréable.

J’attache ses mains à la portière avec le reste du sparadrap. Comme il se doit, son string avec perles dépasse un peu. Je la relève, ainsi que sa jupe.
Elle se réveille, tant mieux. Son cul bien proportionné gigote dans tous les sens, elle perd ses talons et pisse sur elle de peur. Mon excitation est au maximum, j’arrache son string souillé et je la plaque contre la portière pour l’empêcher de me donner des coups de pieds. J’écarte ses cuisses parfumées pour lécher son entrejambe, il ne faut jamais oublier les préliminaires. Elle est rasée de près là aussi.
Je la prends successivement par les deux trous, longtemps, il faut en profiter. Son maquillage coule et ses cheveux sont défaits, je l’aime mieux comme ça, elle a un air presque humain, moins arrogante en tout cas. Finalement, je jouis longuement dans son sexe, un plaisir rauque et grisant.

La nuit est là, les étoiles nous éclairent faiblement, il faut en finir. Je sors mon Opinel et je l’écarte de la caisse par ses poignets entravés, on ne va pas salir une si belle voiture.
Je la jette dans la poussière et les feuilles mortes. Elle rampe sur le ventre comme un ver, on dirait même qu’elle pleure. Je l’attrape par les cheveux pour l’égorger. A la première tentative, je n’ai fait que l’érafler et mon couteau a ripé sur son collier 18 carats. La deuxième est la bonne.
Pour le look, je dispose ce qui reste des dentelles de son string devant ses yeux, ça remplacera ses lunettes cassées. Elle a une très jolie pose, on voit bien son sexe, ses bas sont déchirés et entre les mailles on voit quelques bleus sur ses cuisses, un peu de sang coule sur sa poitrine. Pour compléter le tableau, je vide son sac à côté d’elle : portable, rouge à lèvre, faux ongles et autres babioles prennent leur place au sol.
Dommage que je ne puisse pas faire de photos !
Bon, il me reste un peu de temps, profitons-en.

Quelle joie d’être au volant ! Son parfum haute-couture flotte encore autour du siège et je fonce vers le sud. Sur la radio, je réussis à trouver autre chose que la soupe habituelle, du bon vieux rock, incroyable.
La voiture file dans la nuit, un air doux rempli des senteurs de l’été caresse mon visage et je redécouvre les étoiles.

Dans la lueur des phares, j’aperçois une silhouette, c’est une auto-stoppeuse. Charitable et prêt à toutes les aventures, je m’arrête. Elle porte un short et jette son sac à dos à l’arrière en souriant d’un air mystérieux. Aussitôt à bord, elle dégaine un flingue : « descends connard ». Mon cœur a une saute, je suis pétrifié. Impatiente, elle tire. Une douleur brûlante me traverse la poitrine. Sensation étrange.
« Putain, il va me dégeulasser les sièges ! » D’un coup de pied violent, elle me pousse sur la route. Le goudron m’arrache la peau.
D’un œil, j’ai le temps de la voir partir en trombe. La décapotable brille sous la lune. Joli tableau.

Après la petite musique horripilante, le message rituel se déroule : « Partie terminée, merci d’avoir choisit Virtual Fix, la fiction plus vraie que nature ». Je déteste toujours quand ça s’arrête. La sensation désagréable du tuyau visqueux qui rejette mon pénis ramolli, et cette combinaison moite qu’il faut enlever avec difficulté. On se sent lourd et vide. Les électrodes laissent des douleurs dans mon crâne engourdi. Pourtant, il faut sortir de la cabine, mon crédit est épuisé.
J’espère pouvoir économiser assez pour pouvoir me payer plusieurs crimes la prochaine fois, avec une petite course poursuite, j’adorerais buter quelques flics. Plus qu’une minute, je me dépêche d’enfiler mes vêtements et mon casque d’extérieur. La porte se referme en chuintant pour le nettoyage. Le prochain client est déjà là.

Je sors vite du Virtual Center pour éviter toutes ces bandes-annonces aguichantes pour des rôles que je ne pourrai pas me payer. C’est l’heure de pointe, ma gorge me pique car mon casque ne filtre pas tous les polluants, c’est un ancien modèle.
Le fog est permanent malgré les ventilateurs géants, on ne sait plus si c’est le jour ou la nuit. Les lampadaires marchent sans arrêt et les pubs sont projetées sur les nuages rouges et bleus. Après la cabine, j’ai besoin de marcher un peu, et puis il faut entretenir les muscles, je n’ai pas atteint mon quota de 3000 pas par jour. Dans les airs, les caméras espionnent en silence. Les passants ne se voient pas, ils sont chacun dans leur monde personnalisé. Tant mieux, quand ils vivent sur la même planète ils ne savent que s’entretuer.
Marre de cette grisaille, je lance mon freeware de marche sur « Californie », tant pis si mon crédit sans pub est terminé, ce sera toujours mieux que cette grisaille pourrie. Je ne ressens pas la chaleur, mais le soleil brille, le ciel est bleu, les palmiers remplacent les lampadaires et les caméras se transforment en papillons géants. Je refuse les appels de mes deux putes virtuelles. A cet instant, je préfère rêver, repenser au parfum de cette bourgeoise et à sa voiture sport. L’odeur de son sexe me fait un peu oublier celle du soufre qui plane dans l’air. Je dois hélas interrompre mon songe pour killer quelques spams de Viagra 6 qui ont réussi à s’infiltrer dans mon champ de vision.
Au carrefour, après une pub animée pour des fleurs en éprouvette, une belle Cadillac s’arrête pour laisser passer un groupe de policiers en tenue sport. Une splendide brune type année 50 est au volant, elle me sourit béatement. Je m’arrête au milieu de la route pour mieux la regarder.
Instinctivement, je sers le couteau en plastique qui se trouve au fond de ma poche. Les Opinels sont interdits depuis longtemps, et je sais bien qu’aux feux, c’est une vieille guimbarde des années 2000, flanquée d’une quelconque mégère, qui va redémarrer en m’insultant. Ici, c’est le quartier des pauvres. Il est vraiment mauvais ce programme.


> Thèmes :  * Société - Noir - Sexualité, relations - Violence
- 6 avril 2005 - Màj Avril 2005
 
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David.Myriam : : Artiste : Exposition de créations engagées : nouvelles, poèmes, dessins noir et blanc, films d'animation, dessin sur sable, BD...
David MyriamAdresse auteure :: http://art-engage.net
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