
Ici des cigales qui pulsentDe l’eau émeraude qui chanteDe beaux rochers polisEt des touristes presque bronzésIci des pins parasolsDe la peau blanche qui cuitDes selfis carte postaleEt du ciel bleu entre les falaisesMais déjà quelques brumes cuivréesIci la course de l’eau fraîcheLes jacuzzis à remousLes enfants qui sautent et rientEt les bières sont à pointMais déjà une petite odeur âcreIci on essaie d’oublierOn fait comme siComme si tout allait bienComme si ça pouvait durerIci pourtant des rivières à secEt des oiseaux qui tombentSur des lits de galetsTransformés en tombesMais déjà le vent se lèveMais de l’autre côté l’incendieLes cendres qui volentPartout les fumées des forêtsDes montagnes qui brûlentDes animaux qui crientDes flammes lèchent les vitrinesDes voitures fuientDes villages évacuésDes braises dans les rafalesEt le smog qui s’infiltreJusqu’au fond des valléesJusque dans nos chambresA l’intérieur de nos corpsLe feuPas d’échappatoire à l’incendieLes flammes impriment les rétinesLes chairs recuites par les caniculesMême si l’esprit regarde ailleursLes corps retiennent toutL’incendie partoutLa nouvelle réalité du monde MachineL’incendieDes cendres sur la peauDes cendres dans la gorgeLa réalité brûleLà-bas des fleuves d’ArgentEt des mégatonnes de mineraisPour attiser l’incendieEt ruiner les paysansIci des brasQuelques avionsDes bulls et des camionsPour ralentir d’immenses tornades de feuL’incendie vient de loinDe partoutDes cheminées des usines des machinesDes entrepôts des camions du bétonDes paquebots des routes des soutesDes robots des voitures des orduresDes grandes surfaces des pesticidesDes data centers du pétrole du charbonIl dévale des marées glacéesDu calcul égoïsteDes salons feutrésOù les décideurs assassinentExplosions de crises de larmesD’étouffés cris de l’âmeSidérerPlutôt aiguiser nos fines lamesPour terminer le bruit des armesDésarmerLe carburant jeté sur les flammesIl n’y a plus d’autre côtéPlus de recoins tendres où fuirPlus de vallées où se reposerMais il reste la solidaritéIl reste la rage et la révolteIl reste à faire faceA retourner le feuPour ensemble fomenterLa fin de ce monde gris métal et brûlantPour que vivent nos mondesIncandescentsSur les ruines de la mégamachinePour que vive.
David Myriam, juillet 2026