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Juin 2005
Màj Février 2009
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La fin d’un monde

Une courte nouvelle sur le thème de la fin de programmée l'humanité, un texte critique et ironique sur la fin du monde qui se rapproche.

La fin du monde est annoncée pour le mois prochain, ce n’est pas trop tôt, ça faisait longtemps que l’humanité, tout du moins ce qu’il en reste, l’attendait. Plus personne n’espérait un changement apte à enrayer le processus destructeur à l’œuvre et de toute façon il n’y avait plus grand-monde pour y travailler, au contraire, les survivants avaient l’air de faire tout ce qu’il fallait pour hâter l’échéance fatale.

Les multiples maux engendrés par l’humanité au cours des derniers siècles ont rendu la planète invivable et le nombre d’êtres vivants, toutes espèces confondues, n’a cessé de décroître malgré les progrès de l’insémination et de la gestation artificielles. Les calamités se sont succédé sans relâche et leurs effets se sont cumulés de manière imprévisible en une spirale infernale dévorant un nombre exponentiel de victimes. Aux guerres conventionnelles et aux multiples formes inventives de terrorismes se sont ajoutées des maladies toujours plus inédites, meurtrières et incurables. Les mutants bio-électroniques incontrôlables et assassins qui s’auto-reproduisent en masse dans la nature ont complété les effets dévastateurs des modifications climatiques dues aux pollutions et déforestations. Des régions entières ont basculé dans la surchauffe ou la glaciation suivant les périodes, les inondations ont succédé aux tornades, aux canicules et aux tempêtes de neige.
Tant est si bien que la désertification a progressé à vue d’œil sur tous les continents, les conditions de survie et d’agriculture sont devenues de plus en plus problématiques et la famine est à présent endémique, même chez les ex-pays riches. La baisse de la population et les merveilles biotechnologiques n’ont pas compensé la chute vertigineuse de la production agricole due à la disparition inéluctable des sols. La science, convoquée comme toujours pour tenter de résoudre les aberrations commises par tout un chacun, n’a guère pu ralentir les mécanismes de destruction. Pire, certaines découvertes, mal utilisées, notamment dans les domaines génétiques et informatiques, n’ont fait qu’apporter de nouvelles armes au moulin aveugle qui broie inexorablement la Terre et ses habitants.

Quoi qu’ils en disent, les humains sont tellement habitués depuis des millénaires au mal qu’ils causent qu’ils ont trouvé cette situation parfaitement normale, ils s’y sont résignés en râlant un peu contre certains dirigeants plus cupides que les autres, censés être responsables de tout ce qui arrive. Seules quelques minorités ont essayé, comme d’habitude en étant vilipendées par tout le monde, de proposer des voies radicalement différentes et susceptibles d’inverser la vapeur du train fou, mais ce sont plutôt les criminels dangereux qui ont emporté les suffrages démocratiques des populations accablées en leur apportant des « solutions » totalitaires et aberrantes qui n’ont fait qu’accroître le nombre de morts en alimentant de nouvelles guerres civiles.

Bref, même les derniers optimistes, adeptes forcenés de l’attitude positive, ont dû se rendre à l’évidence et réviser leurs théories, l’humanité n’en a plus pour longtemps. Certains statisticiens habiles ont pu même prédire que les derniers humains disparaîtront avec le reste des animaux encore debout avant la fin du mois prochain. Les chiffres sont clairs d’après eux, et seuls quelques riches millionnaires espèrent encore s’en sortir, abrités derrière leurs bunkers garnis de soie et leurs milices privées aux abois.
Dès lors, un vent de panique a soufflé les derniers vernis de la soi-disant civilisation, tout le monde veut profiter à tout prix des quelques jours qui restent et les éventuelles scories de morale et de respect sont toutes parties en poussières radioactives. Les rares magasins encore approvisionnés sont pillés sauvagement et chacun s’efforce de jouir du mieux qu’il peut avec ce qui lui reste. Evidemment, cette ultime bouffée de barbarie frénétique ne peut qu’accélérer l’avènement de la prédiction, voire même la rendre effective au cas où elle fût fausse, mais les déments s’en fichent, ils n’en sont plus au stade de la réflexion, ça fait d’ailleurs longtemps qu’ils l’ont quittée pour se vautrer dans la violence la plus pure dont ils ont toujours tiré gloire, fierté, et profits pour certains d’entre eux.
Alors que la situation s’aggrave de jours en jours et que la fin du mois approche, on assiste à des comportements plus délirants que d’habitude. Les suicides, notamment les immolations publiques, se multiplient, certains individus déjantés commettent des massacres aveugles et pour eux jubilatoires avant de se supprimer. Et, dans la ferveur générale d’une pulsion d’auto-destruction qui se révèle au grand jour, les premiers suicides collectifs programmés apparaissent. En France, ce sont les élèves du lycée Etienne Oehmichen qui les premiers ont initié ce mouvement en se donnant la mort tous ensemble grâce à un poison puissant volé au laboratoire.
Peut-être les suicidés veulent-ils se prouver jusqu’au bout qu’ils sont libres et responsables de leurs actes, que ce ne sont pas les caprices de la météo ou d’un virus tueur qui vont les anéantir ?
En tout cas, deux jours avant la fin du mois, les derniers humains ont disparu de la Terre, emportés par leurs propres coups ou ceux des cataclysmes qu’ils ont alimentés avec une constance inébranlable. Pour autant, la vie n’a pas été éradiquée complètement, une fois l’humanité auto-anéantie, le processus de désertification létale s’est assez vite enrayé et des tas d’espèces d’animaux ont repris leurs territoires sur une planète renaissante. C’est donc juste la fin d’un monde, la fin d’une espèce déraillée et le début d’une autre ère.
Des mutants sont progressivement apparus et se sont épanouis sous un soleil dégagé des miasmes des activités humaines. Plus tard, ils reprendront peut-être le flambeau de la complexification et de l’évolution, il ne reste qu’à espérer qu’ils n’utiliseront pas leur intelligence pour se détruire et se croire les rois du monde.

PS

J’ai rédigé cette nouvelle pour un concours, il fallait intégrer quelque part le texte « les élèves du lycée Etienne Oehmichen ». Le thème était : la fin du monde est annoncée pour le mois prochain ».

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Artiste.Auteur.Réalisateur
Courts métrages d'animation, dessin noir & blanc, dessin sur sable, peinture, BD, écrits...
David Myriam, Artiste, art-engage.net