Septembre 2010
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Tuer humainement

Courte nouvelle, un pale reflet de la réalité de tous les jours

Un texte court sur ce qu'on oublie de voir

Sans relâche, ses yeux me regardaient.
Je voyais très nettement son regard à travers la vitre sale qui étouffait légèrement le vacarme.
Ses yeux surpris et terrifiés me fixaient pour m’interroger et appeler au secours.
La chaîne avançait, il attendait son tour, je ne pouvais rien faire, rien du tout. Derrière la vitre qui sépare nos deux mondes je le regardais en silence, impuissant comme lui, et de plus en plus affolé. Il est juste né du mauvais côté.
Ses pauvres yeux abandonnés plongeaient dans les miens pour chercher quelque chose. Une trace d’humanité ? La clémence ? Une explication ? Je ne pouvais rien lui offrir d’autre que mon regard pétrifié et sans réponse.

A travers le verre taché de sang, les cris montaient et me prenaient à la gorge. Lui restait silencieux, il me regardait, il nous regardait tous.
Le bruit des machines résonnait dans mon crâne en perdition. Lui restait immobile, il ne pouvait s’échapper, il ne pouvait rien faire, il attendait, dans un souffle il espérait encore. Seuls ses yeux s’agitaient, comme s’il cherchait à s’évader par la pensée.

La chaîne avançait, devant lui le sang giclait parmi les hurlements d’horreur, le prochain coup d’assommoir était pour lui, son corps tremblant sentait la mort brutale qui l’attendait.

Mes yeux pleuraient sans larmes et mes doigts devenaient blêmes à force de serrer mes poings.

La machine déroulait ses engrenages implacables, le précédent était déjà arraché au sol pour rejoindre le rail où il sera découpé en morceaux par de petites mains et des dents d’acier.

Sa tête se tournait une dernière fois vers moi pour chercher un regard, quand soudain une sirène a retenti. L’heure de la pause. Tout s’arrêtait d’un coup, sauf les cris, sauf son regard perdu qui cherchait encore.

Dans trente minutes, tout repartira, tout continuera, sans fin.

Moi je n’en pouvais plus, jamais je ne tiendrai trente minutes ici, lui si, il n’avait pas le choix. Il devait rester seul face à la mort pendant cette éternité, pendant que les tueurs mangeaient son corps en pataugeant dans son sang, et faisaient ainsi avancer les cadavres sur le convoyeur.
J’ai interrompu en courant ma visite de l’abattoir pour vomir dans les toilettes.
Depuis, jour et nuit, ses yeux me regardent, nous regardent.

David Myriam
04 septembre 2010

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PS

 Texte inspiré par la lecture de "Un éternel Treblinka", de Charles Patterson

Chroniques de l’absurde

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Courts métrages d'animation, dessin noir & blanc, dessin sur sable, peinture, BD, écrits...
David Myriam, Artiste, art-engage.net